Sayuri aux deux vies

さゆり、二つの人生

Afin de mieux comprendre comment nos deux cultures s’entremêlent intimement, Revue Koko propose à des anonymes de dévoiler leurs parcours entre la France et le Japon. Dans cet article, Sayuri Tezuka, 57 ans, qui a habité à Paris une trentaine d’années avant de repartir à Tokyo, nous confie un concentré d’expériences franco-japonaises. Elle ne regrette (presque) rien.

二つの異文化が一人の人間の中でどのように共存しうるのだろうか。雑誌『Koko』はフランスと日本、二つの国を生きた一人の女性の人生に着目した。この記事では、手塚さゆりさん(57歳)というパリに30年ほど住み、現在は東京に帰った女性が、フランスの日本人として話してくれた経験についてお伝えする。彼女は自身の歩んできた人生に(ほぼ)悔いはない。

Ne garder que le positif ! Ce réflexe, Sayuri Tezuka l’a mis à l’épreuve tout au long de ses déplacements entre le Japon et la France. Et ce, dès l’enfance ! Ses premiers souvenirs la ramènent à Ina, une petite ville au milieu des montagnes de la préfecture de Nagano. Dans la maison familiale, elle faisait sourire sa mère… et pester sa grand-mère : « On s’accrochait souvent. Elle avait des idées très rétrogrades sur la place des femmes. Il fallait se soumettre aux hommes. Elle n’a jamais compris une fille comme moi qui voulait explorer le monde extérieur. »

Un tempérament qui bousculera également les habitudes d’une famille traditionnelle, avec un père fonctionnaire à la préfecture et une mère femme au foyer, experte en cérémonie du thé et en kimonos. Durant sa jeunesse, Sayuri Tezuka cultive pourtant une curiosité pour l’ailleurs et particulièrement pour les langues étrangères. L’anglais en premier lieu. Mais, trop commune, elle en cherche une autre pour se distinguer : « Un soir, lors d’un repas, mon père m’a dit “pourquoi pas le français ?”. Et, sans réfléchir, j’ai dit “oui, c’est une bonne idée”. »

Ce coup de tête prend un nouveau tournant quand à 19 ans, elle s’inscrit à l’université et suit des cours du soir de français avec assiduité. En peu de temps, elle se distingue par ses performances. Elle est prête à partir. Du moins le croit-elle.

いつもポジティブでいよう。手塚さゆりは日本でもフランスでもずっとその前向きさを貫いてきた。子供のときから既にそうだった。長野県伊那市に住んでいた子供時代のこと、母親はさゆりのことを微笑ましく見守っていたが、祖母は文句を言っていたそうだ。「祖母とはよく意見の違いで衝突しましたね。祖母は女性の地位について古い考え方をしている人で、女は男に従うべきだと考えていました。私みたいに日女の子が外国まで行って冒険をするなんて絶対に理解できなかったと思うな」

公務員の父、専業主婦の母はお茶と着物をたしなんでいる女性といういかにも伝統的な家族の中では、さゆりは性格的にもかなり違っていた。若い時から外国語に強い関心をもち、英語を学びんだが、あまりにどこでも話されているとので別の言語をやってみたいと思っていたある日の夜、父がフランス語をやったらどうかと薦めたとき、悪くないな、ぜひやってみようと思ったそうだ。

19歳のとき、転機が訪れる。大学に進学した彼女は、かなり厳しいフランス語の授業を受講することになり、すぐに語学力の頭角を表す。旅立ちの準備はできた、彼女にはそう思われた。

Premières explorations

En 1984, Sayuri Tezuka voyage pour la première fois hors du Japon. Destination « France » pour un séjour d’un mois dans une famille d’accueil. Avant de s’immerger dans ce quotidien, la petite brune commence l’aventure par une semaine de découvertes à Paris, les yeux grands ouverts. « À l’arrivée, tout était exotique : l’atmosphère, l’air, les vieilles voitures abîmées, les clients qui lisaient par terre dans les librairies, des femmes qui mangeaient des pommes en marchant… »

Par la suite, elle s’établit à Angers où il est dit qu’on y parle un français bien articulé. Merveilleux souvenir mêlé d’amertume. Si son niveau d’écrit est excellent, elle prend conscience de ses limites à l’oral. Cela ne freine cependant pas ses ambitions et, après cette première expérience, Sayuri Tezuka reviendra trois fois dans l’Hexagone pour le travail. Des souvenirs divers et mémorables comme assurer la traduction au Festival international du film fantastique d’Avoriaz, ou bien récupérer des lithographies de Jean Cocteau dans une galerie parisienne pour les rapporter à Tokyo. À chaque séjour, elle appréhende un peu mieux ce « drôle de pays » : « J’étais fascinée par les adolescents qui communiquaient ensemble, filles et garçons, de manière très libre et joyeuse. Je voyais aussi des couples mixtes, et des grands-parents qui s’occupaient de leurs petits-enfants dans les musées en leur transmettant leur culture. Je trouvais cela extraordinaire. »

Après ces quatre premiers séjours en France, Sayuri Tezuka revient à Tokyo… et médite sur son avenir : « Je n’étais pas heureuse, un peu paumée dans ma vie de salariée avec le rythme effréné de Tokyo. C’était un tourbillon où il fallait tout faire très vite, comme une machine. Du moins, c’était la sensation que j’avais en débarquant d’une ville de province. Je n’arrivais pas à trouver mon identité. »

De plus en plus, Sayuri réfléchit à la possibilité de vivre en France, ce pays dont elle apprécie tant la culture. Elle décide alors de se trouver un prétexte pour partir. Sur les conseils d’une collègue française qui connaissait son goût pour la peinture ancienne occidentale, ce sera l’École du Louvre pour étudier l’histoire de l’art. Un projet à même d’être accepté par son père, qui pose cependant une condition : trouver un logement. Après un petit mensonge (en fait de logement, une amie l’héberge), elle peut boucler ses valises. Sa mère la laisse aller au bout de son envie, mais elle lui avouera plus tard que ce départ l’a bouleversée.

初めての冒険

1984年、手塚さゆりは初めて日本を離れる。フランスで一ヶ月間のホームステイ。フランス人家族の日常に入り込む前に、一週間パリを訪れる。「本当に、目新しいものばかりでした。街の雰囲気が違う、空気が違う、古くさい自動車が走っていて、本屋ではお客さんが地べたに座って本を読んでいて、女の人が歩きながらリンゴを丸かじりしているとか」、そんな風に初めてのパリを思い出す。

そうしてアンジェでのホームステイが始まった。アンジェの人々は綺麗なフランス語を話すと言われる。そこではほろ苦い思い出がある。書く方はかなりできたものの、喋る方の伸び悩みに苦しんだ。しかし、そんなことではへこたれない。この初めての滞在ののち、手塚さゆりは仕事で3回もフランスにきている。アヴォリアッツ国際ファンタスティック映画祭で通訳を務めたり、パリのギャラリーで見つけたジャン·コクトーのリトグラフィーを東京に持ち帰った。フランスに滞在するたび、フランスという国の面白さをより深く理解するようになった。「年頃の男女が女も男もなく一緒に群れている様子に驚きましたし、美術館や博物館でおばあちゃんおじいちゃんに連れられた孫たちが彼らの説明を聞いている様子にもすごく感銘を受けたんです。素晴らしいことだなあと。」

四回目のフランス滞在を経て、東京に戻ったとき、ここにはいられないと痛感することになる。「東京で毎日必死に働くだけの日々、ちっとも幸せじゃなかったんです。少なくとも私には、東京ではみんなが機械のようにてきぱきと物事を行うことが求められているように感じられ、自分のアイデンティティを見つけるのは到底無理だと思いました。そうして、故郷を離れる決意をしたんです。」そう回想する。

文化の素晴らしさに魅了されたフランスで「生きる」ことを真剣に考えるようになる。移住するには口実が必要だった。彼女が伝統的な西洋絵画に関心があることを知っていたフランス人の同僚が、美術史を学ぶためにエコール·デュ·ルーヴルに留学してはどうかとアドバイスしてくれた。家を見つけておくことを条件に、父の同意を得ることもできた。実は出発前に家は見つからず、友人宅への居候だったのだが、どうにか家族を丸め込んで出発した。母はさゆりがやりたいようにしなさいと行ってくれたが、あとで聞いた話では、フランスへ行ってしまったのは相当ショックだったらしい。

Une installation express

1991. La voici qui débarque enfin à Paris ! Encore limitée côté langue, elle imagine une stratégie : communiquer par la musique. « J’avais déjà joué de la flûte traversière et chanté dans une chorale au lycée. J’ai choisi d’apprendre le violoncelle dont le son me faisait penser à une voix. J’avais envie depuis longtemps de m’initier à un instrument à corde. Je pensais que cela allait m’aider pour mieux rencontrer les gens. »

Pour son toit, elle trouve un petit studio rue de Seine qu’elle gardera huit ans. Elle rejoint le Louvre à pied, se promène dans le Quartier latin, visite l’église de Saint-Germain-des-Prés. Petit à petit, ce qui relève habituellement de la carte postale devient sa routine. À l’École du Louvre, cela coince toutefois. Elle comprend qu’elle est faiblement emballée par l’art préhistorique et les amphithéâtres de trois cents étudiants. À la faveur d’un poste laissé par une amie, elle occupe un petit emploi à la NHK, puis devient assistante de production pour des projets réalisés par des Japonais en France. Lors d’un tournage dans le sud de la France pour une marque de voiture japonaise, elle joue les traductrices : « Je ne connaissais pas le vocabulaire automobile. Alors, pour “rétroviseur”, je disais à la mannequin qui tenait le volant “regardez le miroir” (rires). »

L’équipe française perd un peu patience, sauf un charmant éclairagiste, Cyril. Il est indulgent et prévenant. Le couple se forme très vite et Sayuri découvre la vie d’une famille à la française. Au départ, il n’était pas simple de soutenir une conversation avec ses beaux-parents ou dans les soirées chez des amis. Les discussions sont animées et souvent à base d’argot. Plutôt que de rester parmi eux sans comprendre réellement ce qu’ils disent (surtout les blagues, une horreur à saisir), il lui  arrive de s’isoler dans un coin du salon avec un livre. Bien décidée à améliorer son français, elle écrit des lettres à Cyril. Beaucoup. Mêlant jolies phrases entendues par hasard et termes issus du dictionnaire toujours sous le coude, elle peaufine ainsi son nouveau vocabulaire. Rapidement, elle délaisse les livres, et commence même à rêver en français.

« La question de mon titre de séjour s’est vite posée. Avec Cyril, on a décidé de se marier. Nous étions amoureux, c’était la solution pour que je reste en France. Il a fallu l’annoncer à mes parents, mais je ne m’y suis pas très bien prise. J’ai appelé ma mère pour qu’elle m’envoie l’acte de naissance. Elle m’a demandé dans quel but. Quand je lui ai répondu que j’allais me marier, il y a eu un long silence. Puis, elle m’a envoyé le document par La Poste accompagné de quelques mots : “J’ai pleuré, mais pas de joie”. Je regrette beaucoup de l’avoir annoncé comme cela. Je ne me suis pas rendue compte de ce que signifiait mon mariage pour mes parents. »

Étape par étape, Sayuri s’acclimate à l’hexagone, entre Paris et Sète dont est originaire Cyril. Les Noëls dans le Sud sont inoubliables. Jamais la question de rester définitivement ou de partir ne lui traverse alors l’esprit. S’est-elle sentie gaijin (étrangère) ? « Jamais ! », affirme-t-elle. Son mariage et ses amis japonais habitant en France la préservent de tout sentiment d’exclusion. La solitude ne l’a que peu accompagnée. Une conséquence aussi de son état d’esprit qui ressemble à un mode d’emploi pour nouveaux arrivants.

« À 28 ans, rien ne pouvait m’empêcher de m’intégrer. Si j’avais conservé mes habitudes très japonaises sans chercher à m’ouvrir à la culture française, m’adapter à elle et m’en amuser, cela aurait été difficile. Je pense qu’il faut avoir une certaine mentalité pour aimer et accepter les autres cultures. Mais en France, c’est assez facile : les origines et les croyances cohabitent davantage qu’au Japon. Tout le monde s’exprime. On a même le droit de dire “non” aux gens, la société accepte la différence, contrairement au Japon. »

Il y a pourtant un moment où elle se sent « étrangère » : « Quand je faisais la queue sous la pluie pendant des heures pour renouveler ma carte de séjour avec des Africains et des Européens de l’Est. Là, on nous fait ressentir que nous sommes à part. »

すぐにフランス生活に馴染む

1991年、ようやくパリでの生活が始まる。まだまだフランス語は完璧ではなかったが、彼女には考えがあった。「フルートが吹けたのと高校で合唱をやっていたんです。人の声に似ていて素敵だと思ってチェロを習うことにして、ずっとやりたいと思っていた弦楽器をやることにしました。音楽を通じて出会いが広がると思ったんです。」

セーヌ通りに小さなスチュディオを借りて、そこに8年間住んだ。そこからだとルーブルまで徒歩圏だし、カルチェ·ラタンを散歩してサン=ジェルマン··プレイ教会にも足を伸ばせる。ポストカードの写真に過ぎなかった有名な景色が、だんだんと日常風景になっていく。エコール·デュ·ルーヴルでは早々に行き詰った。先史時代のアートに関心がなかったし、三百人もの学生を詰め込む大講義室での講義も嫌だった。友人が好意で引き継いでくれたNHKでの仕事に就くことにし、日本人がフランスでプロジェクトを実現する番組のアシスタントを務めることになった。南仏で行われたある日本車メーカーの撮影での通訳のおり、こんな笑い話がある。「車についての語彙なんてまるで知らなかったんです、 rétroviseur(バックミラー)のことを、ハンドルを回すモデルさんに向かって「その鏡を見てください!」って言ったんですよ。」

フランス人チームはしびれを切らし始める。照明係のシリルだけは寛容で親切だった。二人は恋に落ち、さゆりはフランス人的な家族生活を始めることになる。初めは、彼の両親や友人たちとの夕食会やパーティーの間ずっと会話をするのが大変だった。わからない口語言葉もたくさん飛び交う。わかりにくいジョークとなると、彼らが何を言っているのかわからないまま、仕方なく部屋の隅っこで本を読んで時間を過ごすようなことすらあった。フランス語を上達しようと心に決め、シリルに手紙を書き始めた。偶然耳にした美しい表現やいつも持ち歩いた辞書から拾った言い回しなどを散りばめて、新しい語彙を学んだ。すぐさま、パーティーでひとりぼっちになることはなくなり、夢さえフランス語で見るようになった。

「滞在許可証のことは、私たちにとって問題になり、シリルと正式に結婚することにしました。彼とは愛し合っていたし、私がフランスに残るための解決策でした。両親に言わなければならなかったのですが、憂鬱でした。母に電話して戸籍謄本を送ってくれるよう頼んだところ、長い沈黙の後、なぜ結婚するのか聞かれました。母は私に謄本を郵送してくれましたが、「お母さんは泣きました、嬉し涙じゃないからね」という短い言葉が添えられていました。こんなふうに結婚を伝えることになったのをものすごく後悔しましたね、両親にとって私の結婚が何を意味するか、わかっていなかったんです。」

さゆりは、パリとシリルの故郷であるセットを行き来する。南仏で過ごすクリスマスは忘れられない。そのたびにいっそここにとどまろうか、もう帰りたくないと思わせるものがある。フランスでの生活で、自分がガイジンと感じたことがないというさゆり。シリルとの結婚とそしてフランスにいる日本人の友人たちの存在のおかげでさゆりはほとんど疎外感を感じることなく生きることができた。それは、異邦人として外国にやってきた者として正しく振る舞った結果でもあるし、彼女自身の心の持ちようのおかげでもあっただろう。

「28歳になる頃には、すっかりフランス社会に溶け込んでいました。フランス文化に心を開かずに日本の習慣を頑なに守ろうとしていたなら、フランス社会に適応して楽しく生活することはできなかったでしょうけど。異文化を受け入れて愛する気持ちが大事だと思います。フランスではそう難しいことではありません。日本に比べて、フランスは民族も宗教も違う人々が共存している。誰もが自分の意見をいう。嫌なものは嫌という権利があるし、違いを受け入れる社会です。日本とは違う。」

だが、もちろん外国人だと感じたことはあった。滞在許可証更新のためにアフリカ系や東欧系の人たちに混ざって雨の中何時間も外に並んだ時なんかは、自分がよそ者であることを痛感したという。

L’équilibre parfait ?

Après quelques années de mariage, le couple de Sayuri vacille. Le décalage grandit entre lui, au tempérament artiste, et elle, qui aspire à une vie plus organisée.

« Un jour, je lui ai posé la question de notre futur et de comment il comptait gagner sa vie pour subvenir aux besoins d’une famille. Il m’a dit qu’il agirait quand le moment viendrait. Je portais alors des lunettes cassées que Cyril m’avait habilement réparées avec un trombone. J’ai dit que nous étions justement à “ce moment en question” en lui montrant ma monture (rires). En 1996, on s’est finalement séparés. Je ne dirais pas que nous nous sommes quittés à cause de nos différences de cultures, mais plus classiquement, parce que nous n’avions plus les mêmes horizons. »

Les rencontres suivantes ne lui permettront pas de réaliser son rêve de maternité. Un ami d’enfance, connu à Ina, lui a même proposé le mariage. Pour cela, Sayuri aurait dû repartir au Japon. Après réflexion (et en pensant beaucoup à sa mère), elle accepte. Mais lui se dérobe. À cette évocation, elle conclut, tranquille : « J’aurais pu avoir une vie différente, mais celle que j’ai eue me convient. »

Cette demande en mariage inaboutie sera l’une des seules occasions de réinstallation au Japon pendant son séjour de vingt-huit ans en France. Pourtant, cette petite femme tonique a toujours tenu à garder un lien précieux avec son pays d’origine, notamment avec ses traditions. Au Japon, la cérémonie du thé est souvent réservée aux dames qui ont les moyens et du temps libre. Mais en France, d’autres approches lui ont permis d’apprendre cet art de la voie du thé. Une façon aussi de se rapprocher de sa mère, spécialiste en la matière.

Pendant ce long séjour en France, sa mère (pour qui le voyage jusqu’à Tokyo représentait déjà une aventure) lui a rendu visite deux fois. Sayuri en profite pour lui faire découvrir Paris, le Mont Saint-Michel… et ses ex-beaux-parents, à Sète. En 1998, son frère vient également la voir, un peu intéressé. Elle vient de gagner deux billets pour la finale de la coupe du monde de football (grâce à un concours sur minitel) et elle sait son frère amateur de la maison Ferrari. La fratrie Tezuka ira ainsi en Lombardie visiter l’entreprise automobile, avant d’aller admirer Rome.

De 1996 à 2010, Sayuri Tezuka s’épanouit en travaillant dans la production de films publicitaires pour des entreprises. Polyvalente, elle assure la logistique et la traduction. Son patron et ses collègues sont des Japonais résidant à Paris. Ensemble, ils forment un groupe uni qui collectionne les expériences uniques : « Nous pouvions privatiser certains lieux pour les tournages en France, en Europe et même en Afrique… Nous avons même eu la chance de tester des restaurants trois étoiles. Une jolie compensation alors que le travail était harassant. »

Pendant son temps libre, pas de farniente ! Sayuri dévore la culture française à pleines dents : ballets de l’Opéra de Paris, performances contemporaines, soirées à la Comédie française, salles d’art et d’essai, cinémathèque, journées de la poésie, cinéma en plein air avec pique-nique… Elle profite pleinement de ces offres grâce à des amis français qui l’ont guidée et qui lui font aussi découvrir tous les sites de France, de la Bretagne à la Provence. Un lien conservé avec le Japon, un travail passionnant, une soif de culture jamais éteinte et un entourage aimant, Sayuri dévoile ainsi sa recette équilibrée pour une installation réussie.

« Je me sentais à ma place dans cette société qui n’était pas la mienne au départ. Complètement heureuse. Cette stabilité financière et psychologique m’a permis d’adorer la France. En 2010, quand ma boîte de production a fermé, c’est comme si j’avais perdu un point d’appui. Et en même temps, je commençais à avoir la nostalgie du Japon. Je voyais ma mère devenir plus âgée et vivre seule avec un chat. Je suis venue très naturellement à l’idée de rentrer au Japon vivre auprès d’elle. Je pouvais désormais quitter la France sans regrets tellement j’avais la sensation d’en avoir profité. »

パーフェクトなバランス?

結婚後数年、破局が訪れる。色々と前もって予定を立てておきたいさゆりと芸術家気質のシリルとの間に溝が深まった。

「ある日、家計を回すのに必要なお金をどうやって稼いでいくつもりなのか、私たちの将来をどう考えているのか正面から尋ねたんです。いつかそんな時が来るさ、と答えました。私は壊れたメガネをかけていて、それをシリルがクリップでいつも直していたんです。それで私は、いまがその時よ、と壊れたメガネの鼻あてを彼に見せながら言いました。」そう当時のことを回想する。最終的に離婚したのは1996年のことで、文化的な違いのせいで離婚に至ったのではなくて、それ以前の基本的な価値観が違ったのだと考えているそうだ。

その後も出会いがあったが、母親になりたいという夢は実現しなかった。そうこうしているうちに、伊那時代の幼馴染にプロポーズもされた。それはつまり日本へ戻るということを意味する。母の気持ちを思い、プロポーズを受けることにしたのだが、結局その話はなかったことになる。この出来事をきっかけに、結婚すれば違う人生を歩んだかもしれないが、結局は私が歩んだ人生というのが自分にぴったりの人生なのだ、と思えるようになった。

28年のフランス生活において、日本に戻ろうかなあと思ったのは、この結局は実現しなかった日本での結婚の話だけだった。だが同時に、さゆりは祖国との縁を大切にし続けたし、伝統を守り続けた。日本では茶道というのはしばしば自由な時間がある女性が嗜むものであるのが一般的だが、フランスでは別のやり方で茶道を学ぶことができた。茶道を嗜んでいた母に近づいたように思えた。

長いフランス滞在を通じて、母は二度会いに来てくれた。彼女は本当は国際線に乗るのに東京まで行くのすら一苦労なのだ。パリを案内し、モン·サン=ミッシェルに連れて行き、シリルの両親に紹介するためにセットへも行った。1998年には兄も来た。ミニテルの抽選で手に入れたサッカーW杯決勝のチケット二枚で決勝戦を観戦しに行き、兄の好きなフェラーリも見に行った。ロンバルディアの自動車工場もいったし、ローマにも行った。

1996年から2010年の間、手塚さゆりは会社のためにコマーシャル映像を制作する会社で熱心に働いた。器用な彼女は、ロジスティックと通訳の両方をこなした。社長と同僚はパリに住む日本人だった。貴重な体験をともにできる仲間だった。「フランス、ヨーロッパの他の国々、アフリカ、色々な場所を貸し切りにして撮影しました。三つ星レストランで食事したこともあります。仕事はすごく大変だったから、せめてのご褒美ですね」と語ってくれた。

暇を持て余したりしなかった。さゆりはフランス文化をことごとく楽しんだ。オペラ·ガルニエでバレエ、コンテンポラリーダンス、コメディー·フランセーズでのパーティー、絵画教室、映画館、ポエム体験、野外シネマなどなど。フランス人の友人が色々と紹介してくれたおかげで、ブルターニュからプロヴァンスまで、フランス全土を見尽くす勢いで時間を有意義に使うことができた。日本との縁を大切にしながら、仕事に打ち込み、大好きなフランス文化を堪能して、友人にも恵まれ、さゆりのフランスでの生活はこれ以上ない素晴らしいバランスの上で、とても充実していた。

「日本を離れた時はなかった私の居場所というのをフランス社会で見つけることができました。本当に幸せなことです。経済的·精神的に安定していたからこそフランスを満喫することができたのです。2010年、勤めていた会社が廃業することになり、拠り所を失った感じがして途方に暮れました。同時に、日本のことを懐かしく思い始めてもいたのです。猫と暮らす一人暮らしの年老いた母のことをよく想いました。母と一緒に住もうとごく自然に決めたのです。フランスでできることは遣り尽くしたので、なんの悔いもなく日本に帰ることができたんです。」

Le retour au Japon

À partir de 2016, Sayuri prépare doucement son retour. À l’approche de celui-ci, un doute l’assaille : allait-elle se réadapter facilement à la vie japonaise ?

« J’avais rêvé des sociétés occidentales où l’on pouvait échanger librement. Mais j’étais arrivée à un point où j’attendais un peu plus d’harmonie dans la société. En revanche, je me posais la question de savoir si j’allais facilement me réadapter à Tokyo où l’on ne donne pas trop son opinion. »

En mars 2019, à peine posé le pied à l’aéroport de Haneda, Sayuri était déjà happée par un tourbillon métro-boulot-dodo qui l’a laissée groggy en quelques mois.

« Chaque jour, j’étais très fatiguée par les transports et je n’avais plus d’énergie pour sortir ou aller voir des amis. En un an, je n’ai organisé que trois dîners, alors qu’à Paris, je sortais et je recevais des amis chez moi très régulièrement. De nouveau, j’ai perdu mon identité. Tokyo n’était décidément pas pour moi. C’était très déstabilisant. Pourtant, je restais positive car j’avais tout de même la sensation de retrouver ma place… dans mon pays. Et puis, Ina était facilement accessible en bus. Déjà, avant de quitter la France, mon objectif était de retrouver ma campagne. »

Parfois, elle éprouve une légère nostalgie de l’Hexagone, surtout culinaire : « Ce qui me manque, c’est le marché et la variété des aliments. À Tokyo, on fait les courses dans des supermarchés. Du coup, on voit toujours les mêmes légumes pendant toute l’année. Je rêve d’asperges, de courgettes, de poivrons, de cerises, de fraises, de pèches, de raisins, et bien sûr d’huile d’olive ! »

Pour surmonter ces moments de mélancolie, elle est toujours accompagnée de quelques talismans qui ont fait le voyage avec elle : un santon de Provence modelé par la mère d’une amie et une collection d’anges. Des porte-bonheurs qui cohabitent désormais avec les omamori (amulettes japonaises), et qui vont voyager de nouveau, direction l’ouest… mais moins loin ! C’est à Ina que Sayuri va enfin s’installer prochainement. Près des montagnes et de sa mère, elle posera une nouvelle fois ses valises. Une jolie façon de boucler la boucle.

« Tout ce que j’ai vécu en France continue de vivre en moi. Ce sont des souvenirs merveilleux. C’est un bagage extraordinaire pour continuer mon chemin. Mais maintenant, je voudrais rattraper le retard avec mon pays. En le quittant à 28 ans, je n’en ai pas suffisamment profité. À présent, je vais “déguster” la culture japonaise qui est tout aussi magnifique et riche que celle de la France. Je me sens vraiment chanceuse ! »

日本へ戻る

2016年、さゆりは帰国準備を始める。不安もあった。日本の生活にもう一度馴染むことなどできるだろうか?

「私は西欧社会に憧れていました、自分の思いを自由に言うことができるからです。一方で、もう少し協調性があったらな、と感じたこともありました。同時に、なかなか思ったことを言いづらい東京で本当にやっていけるのだろうかと自問自答しました。」

20193月、羽田空港に降り立った瞬間から、<通勤仕事睡眠>の忙しい生活に翻弄され、数ヶ月でげっそり疲れてしまっていた。

「毎日の通勤で本当に疲れ切っていました。外出する元気も友人に会いにく元気もない。1年間で友人を呼んで食事したのは三回だけ。パリでは頻繁に出かけたり友人を家に呼んだりしていたのに。辛かったのですが、前向きでいようとしました。自分の祖国でもう一度自分の居場所を見つけたように感じられたからです。それに、伊那へはバスでそう遠くありませんでした。フランスを離れるとき、自分の生まれ故郷をもう一度見つめてみようと決めていたんです。」

ときおりはフランスが懐かしくてたまらなくなる。とりわけ、食に関すること。マルシェや食材の豊かさは東京にはなく、スーパーで買い物を済ませる。手に入る野菜は年中いつも同じ。季節のアスパラ、ズッキーニ、ピーマン、チェリー、いちご、桃、ぶどう、それにオリーブオイルが懐かしく思い出される。

その寂しさを紛らわせるため、いつもちょっとした<お守り>を持ち歩くことにしている。友人の母が作ってくれたプロヴァンスのサントン人形や、天使像のコレクションなどは、日本のお守りとも一緒に使える幸運のアイテムだ。さゆりはついに伊那に身を落ち着けることにする。母の家の近く、山の麓に。なんとも素敵な旅の終わりではないか。

「私がフランスで体験した全てのことは私の中で生きています。素晴らしい思い出です。人生を歩み続けるための素晴らしい経験たちです。今は、祖国で遅れを取り戻したい。28歳でこの国を離れてしまって、十分にこの国を満喫していない。今からは、日本文化を楽しみます。フランス文化がそうであるように豊かで素晴らしい文化です。私は本当に恵まれているなあって思うんですよ。」

Mathieu Rocher / 真宙・ロシェ

Traduction / 翻訳: Miki Okubo / 大久保美紀

Koko #2

Le deuxième numéro de Koko nourrira la curiosité de ses lecteurs en mettant à l’honneur la gastronomie : Koko partira à la rencontre d’un vigneron d’Hokkaidō, discutera avec le propriétaire excentrique d’un restaurant de ramen de la banlieue d’Ōsaka, échangera avec deux artistes françaises au sujet de leur ouvrage culinaire et artistique sur l’huile d’olive japonaise, ou encore explorera l’art de déguster les huîtres en France comme au Japon !
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